Le système scolaire classique n’était pas fait pour eux. Toutes et tous ont évoqué ce statut « hors cadre » qui leur collait à la peau, comme un mauvais sparadrap.

Et puis un jour, de parcours chaotiques en dispositifs hyper-adaptés, mais toujours un peu trop scolaires malgré tout, ils ont poussé les portes de l’EPED (Ecole de Production Environnement Durable) implantée depuis 2014 à Quiévrechain.

Alors, le cadre s’est cette fois, réellement, adapté à eux, à leurs attentes en révélant autrement leurs capacités.

L’intelligence du geste, les savoir-faire précieux enseignés, cultivés ici comme nul part ailleurs leur permettent de trouver et d’être à leur juste place, de se sentir, et se savoir même, utiles ; au cœur du projet et non plus en marge.

Ils se révèlent tels qu’ils sont, avec et grâce à ce qu’ils font.

Djory me confiera : «  Ici, j’ai pris confiance en moi. »

Stefano, dans un exercice d’auto-évaluation que beaucoup, plus âgés, plus expérimentés n’arriveraient pas à mener, aura ses mots : «  Je ne savais pas que j’étais aussi patient, que je pouvais être aussi habile de mes mains. »

Enzo évoquera le souvenir d’un grand-père menuisier. Sa façon à lui de légitimer, de valoriser sa place ici à l’EPED.

Trois mots m’ont particulièrement marqué dans le témoignage des années Segpa d’Enzo : J’avais le droit. « J’avais le droit d’aller à l’atelier les mardis et jeudis. » Ce « j’avais le droit » résonne encore au moment d’écrire ces quelques lignes. Tant il exprime ce que l’atelier et l’apprentissage pratique représentent de respiration, de libération. Ces mots illustrent à eux seuls, ce que l’intelligence du geste est précieuse et combien celles et ceux qui la cultive, l’enseigne mènent un formidable combat pour l’émancipation, la réalisation de personnalités singulières.

C’est ce combat et les parcours de ces jeunes que je me suis promis de mettre en mots et en images en prenant, régulièrement, le temps d’aller plus loin… d’aller plus loin dans leur découverte, leur compréhension. Avec, je le souhaite, ce qu’il faut de justesse et de délicatesse. J’ai regardé, écouté, (ré)interprété la recherche de précision, l’attention et les belles complicités, la rigueur et l’envie de faire, de bien faire… qui occupent tellement bien le cadre !